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Alto Adige : quand les Alpes rencontrent la Méditerranée

Alto Adige : carnet de voyage d'un sommelier – Volume 1
30 juin 2026 par
Alto Adige : quand les Alpes rencontrent la Méditerranée
Colin Lurot

Temps de lecture : 10 à 12 minutes

Vue panoramique des vignobles de l'Alto Adige ou des Dolomites prise depuis l'avion ou le téléphérique.

Lorsque l'on évoque les grands vignobles italiens, les noms du Piémont, de la Toscane ou encore de la Vénétie viennent immédiatement à l'esprit. Pourtant, tout au nord du pays, à quelques kilomètres seulement de la frontière autrichienne, une petite région viticole attire depuis plusieurs années l'attention des sommeliers du monde entier : l'Alto Adige, également appelé Südtirol.

Avec seulement 5 860 hectares de vignoble, soit moins de 1 % de la surface viticole italienne, cette région est devenue une référence mondiale pour ses vins blancs de grande précision, ses rouges élégants et son approche très qualitative de la viticulture. Elle compte près de 4 800 viticulteurs, 263 caves et produit 96 % de ses vins sous appellation DOC. Depuis 2024, elle dispose également de 86 Unità Geografiche Aggiuntive (UGA), renforçant encore la mise en valeur de ses terroirs. Ces chiffres témoignent de la volonté de la région de privilégier l'origine et la qualité plutôt que le volume.

Si j'avais déjà eu l'occasion de déguster quelques bouteilles de Cantina Terlano ou de découvrir le Müller-Thurgau, je n'avais jamais réellement exploré cette région. Ce voyage d'étude organisé par le Consorzio Alto Adige Wines allait complètement changer ma perception.

Un départ inhabituel : l'aéroport d'Anvers

L'aventure commence d'une manière assez surprenante.

J'ignorais totalement qu'Anvers possédait un véritable aéroport commercial. Habitué aux grands hubs européens, je découvre un aéroport régional où seuls quelques vols décollent dans la journée. Une atmosphère calme, sans stress, très éloignée des grands terminaux internationaux.

Nous embarquons à bord d'un Bombardier Dash 8 Q400 de SkyAlps. Ce type d'avion, équipé d'hélices, est particulièrement adapté aux lignes régionales et aux aéroports alpins. Le vol est étonnamment confortable et participe déjà à cette impression de voyage authentique.

Très rapidement, le paysage change.

Les plaines laissent progressivement place aux reliefs, puis apparaissent les premières montagnes.

Les Dolomites.

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Les premières impressions : un territoire entre deux cultures

À peine arrivé à Bolzano, une évidence saute aux yeux.

Nous sommes en Italie.

Et pourtant…

Tout semble différent.

Les enseignes sont bilingues.

Les habitants passent naturellement de l'allemand à l'italien.

L'architecture rappelle davantage le Tyrol autrichien que les grandes villes italiennes.

Cette identité s'explique très simplement.

Jusqu'en 1919, le Tyrol du Sud appartenait à l'Empire austro-hongrois. À la suite du Traité de Saint-Germain-en-Laye, la région est rattachée à l'Italie tout en conservant une majorité de population germanophone. Aujourd'hui encore, cette double identité façonne profondément la gastronomie, la culture et les vins de la région.

C'est probablement ce qui m'a le plus séduit.

On retrouve à la fois la rigueur germanique, la précision dans l'organisation et le sens du détail, associés à la convivialité italienne.

Une combinaison particulièrement agréable.


Le Goldenstern Townhouse : dormir au cœur de l'histoire

Notre hébergement se situe au cœur du centre historique de Bolzano.

Le Goldenstern Townhouse est installé dans un bâtiment ancien parfaitement restauré.

Les matériaux historiques ont été conservés, tout en intégrant un confort très contemporain.

La climatisation est évidemment bienvenue lorsque l'on découvre que Bolzano figure régulièrement parmi les villes les plus chaudes d'Italie durant l'été.

Cela peut sembler paradoxal lorsqu'on pense immédiatement aux Alpes.

Pourtant, la configuration de la vallée limite la circulation de l'air et favorise des températures particulièrement élevées.

Durant notre séjour, les soirées dépassaient encore largement les 30 °C.


Prendre de la hauteur

Après quelques minutes seulement pour déposer nos bagages, nous empruntons le téléphérique qui relie Bolzano aux hauteurs du Renon.

En quelques minutes, le paysage change complètement.

Les vignobles laissent place aux forêts.

La vue devient spectaculaire.

Les montagnes entourent désormais la ville.

C'est probablement la meilleure introduction possible pour comprendre la viticulture de montagne.

Ici, chaque vallée possède son propre climat.

Chaque exposition modifie le style des vins.

Chaque altitude apporte une identité différente.

Une première immersion autour de la table

Notre premier dîner se déroule à La Gloriette, sur les hauteurs de Bolzano.

Le lieu est magnifique.

La terrasse offre une vue exceptionnelle sur les montagnes.

Le service est d'une précision remarquable, digne d'une grande table gastronomique.

Cette première soirée n'a pourtant pas uniquement pour objectif de nous faire découvrir les vins.

Elle sert surtout à créer les premiers échanges avec les producteurs.

Autour de la table, plusieurs domaines emblématiques de l'Alto Adige présentent leurs cuvées :

  • Cantina Bozen
  • Nals Margreid
  • Franz Haas

Très rapidement, une première évidence apparaît.

Il n'existe pas un style Alto Adige.

Chaque producteur possède sa propre identité.


Ma première surprise : le Pinot Blanc

Avant ce voyage, si l'on m'avait demandé quel cépage représentait l'Alto Adige, j'aurais probablement répondu le Gewürztraminer ou le Müller-Thurgau.

Je me trompais.

Très rapidement, un cépage revient dans presque toutes les discussions.

Le Pinot Blanc.

Je connaissais ce cépage, principalement à travers l'Alsace.

Mais ici, je découvre une expression totalement différente.

Les vins sont tendus, précis, salins, avec une remarquable fraîcheur.

Je comprends rapidement pourquoi de nombreux producteurs considèrent aujourd'hui le Pinot Blanc comme l'une des signatures de la région.

Plus qu'un voyage, une rencontre

L'un des plus grands intérêts d'un wine trip réside dans les rencontres.

Pendant quatre jours, sommeliers et producteurs vivent presque ensemble.

Les dégustations ne représentent finalement qu'une partie de l'expérience.

Les discussions pendant les repas.

Les trajets en bus.

Les échanges après le dîner autour d'un verre.

Ce sont souvent ces moments qui permettent de mieux comprendre une région viticole.

J'ai également été marqué par l'ambiance du groupe.

Tout le monde partageait la même curiosité.

La même envie d'apprendre.

Cette atmosphère a largement contribué à la réussite du voyage.

Ce que je retiens de cette première journée

Avant même la première visite de cave, cette journée m'avait déjà appris plusieurs choses essentielles.

  • L'Alto Adige possède une identité culturelle unique en Europe.
  • Les vins ne peuvent être compris sans leur contexte historique.
  • Le Pinot Blanc mérite beaucoup plus d'attention qu'il n'en reçoit généralement.
  • Les rencontres humaines sont aussi importantes que les dégustations.
  • Ce voyage allait être bien plus qu'une simple succession de visites de caves.

Dans le prochain chapitre, nous quitterons les premières impressions pour entrer dans le cœur du sujet : comprendre pourquoi l'Alto Adige est aujourd'hui considéré comme l'une des régions viticoles les plus passionnantes d'Europe, à travers les visites de l'Abbaye de Novacella, de Muri-Gries et de Cantina Terlano.

Colin Lurot 

Sommelier

Alto Adige : quand les Alpes rencontrent la Méditerranée
Colin Lurot 30 juin 2026
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