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Des coopératives aux domaines familiaux : l'autre visage de l'Alto Adige (3/4)

12 juillet 2026 par
Des coopératives aux domaines familiaux : l'autre visage de l'Alto Adige (3/4)
Colin Lurot

Temps de lecture : 10 à 12 minutes

Série : À la découverte des vins de l'Alto Adige

Après une deuxième journée consacrée aux grandes institutions de la région, je pensais avoir compris l'Alto Adige.

Je me trompais.

Cette troisième journée allait me montrer que derrière les grandes coopératives et les domaines emblématiques se cachent surtout des femmes et des hommes qui façonnent, chacun à leur manière, l'identité du Südtirol.

C'est probablement la journée la plus humaine de tout le voyage.

Une matinée qui commence... avec un léger contretemps

Comme souvent lors d'un voyage de groupe, un petit imprévu vient légèrement modifier le programme.

Un simple quiproquo sur l'heure de départ.

Rien de grave.

Quelques minutes plus tard, nous prenons la route en direction de notre première visite.

Et très rapidement, une nouvelle fois, les paysages prennent le dessus.

Les routes s'élèvent, les vignobles gagnent de l'altitude et chaque virage offre une nouvelle vue sur les montagnes.

Même après deux jours passés dans la région, je ne m'en lasse pas.

Cantina Colterenzio : lorsqu'une coopérative donne la parole à ses vignerons


Notre première visite nous conduit à Cantina Colterenzio.

Le bâtiment impressionne immédiatement.

Architecture contemporaine.

Lignes épurées.

Vue panoramique sur les vignobles.

Tout est pensé pour accueillir les visiteurs dans les meilleures conditions.

Mais ce qui m'a surtout marqué, c'est la personne qui nous présente les vins.

Il ne s'agit pas simplement d'un représentant commercial.

C'est également un viticulteur.

Un membre de la coopérative.

Et cela change complètement le discours.

Très vite, on comprend que derrière cette structure importante se trouvent avant tout des familles qui cultivent leurs parcelles depuis plusieurs générations.

La coopérative n'efface pas les individualités.

Elle leur donne les moyens de travailler ensemble.

Le regard du sommelier

Avant ce voyage, j'avais encore une vision assez classique des coopératives.

En Alto Adige, cette idée vole rapidement en éclats.

La plupart des coopératives rémunèrent aujourd'hui leurs membres sur la qualité des raisins bien davantage que sur les volumes produits.

L'objectif n'est plus de produire plus.

L'objectif est de produire mieux.

Et cela se ressent dans les vins.

Les cépages qui deviennent des repères

Au fil des dégustations, certains noms reviennent sans cesse.

Le Pinot Blanc.

Le Pinot Noir.

Le Lagrein.

Le Schiava.

À ce stade du voyage, je commence à comprendre pourquoi.

Ces cépages racontent chacun une facette différente de l'Alto Adige.

Le Pinot Blanc pour sa précision.

Le Pinot Noir pour son élégance.

Le Lagrein pour son identité.

Le Schiava pour son authenticité.

Petit à petit, ils deviennent mes repères.

Ignaz Niedrist : le coup de cœur du voyage

S'il ne fallait retenir qu'une seule visite de tout ce voyage...

Ce serait probablement celle-ci.

Lorsque nous arrivons chez Ignaz Niedrist, rien n'est spectaculaire au sens où peuvent l'être certaines grandes caves.

Et pourtant...

Quelques minutes plus tard, je comprends pourquoi tout le monde en gardera un souvenir particulier.

Maria nous accueille avec simplicité.

Avant même de rejoindre le chai, elle nous emmène directement dans les vignes.

Devant nous, une vue magnifique sur les coteaux de l'Alto Adige.

Pas de mise en scène.

Pas de grand discours.

Seulement une famille qui raconte son histoire.

Deux générations, une même passion

Le domaine est resté volontairement à taille humaine.

Ici, chaque hectare compte.

Maria apporte une vision nouvelle.

Son parcours l'a conduite dans plusieurs grandes régions viticoles, notamment en Bourgogne chez Olivier Leflaive.

Son frère a également enrichi son expérience en Toscane.

Tous deux sont revenus avec des idées.

Mais surtout avec l'envie de les adapter à leur propre terroir.

On sent immédiatement cette ouverture d'esprit.

Le respect des traditions n'empêche pas l'innovation.

Au contraire.

Les deux se complètent.

Des vins qui respirent leur terroir


Le domaine travaille en agriculture biologique.

Les intrants sont limités.

Les fermentations privilégient les levures indigènes.

L'objectif n'est pas de produire un style.

L'objectif est de laisser parler le vignoble.

Les vins possèdent une énergie remarquable.

Une précision.

Une expressivité qui m'ont particulièrement marqué.

Bien sûr, chaque dégustation reste liée au domaine, au millésime et aux choix de vinification.

Mais cette dégustation confirme une impression que je retrouve régulièrement : les vins issus d'une viticulture particulièrement attentive au vivant peuvent offrir une expression aromatique très libre et très précise.

C'est probablement ici que j'ai ressenti le plus d'émotion pendant tout le séjour.

Le conseil du sommelier

Si vous aimez découvrir des domaines encore relativement confidentiels, privilégiez les exploitations familiales comme Ignaz Niedrist.

Leurs volumes restent limités, leur identité est très forte et leurs vins offrent souvent une véritable personnalité.

Pour une carte de restaurant, ce sont de magnifiques découvertes.

Alois Lageder : la biodiversité comme philosophie


L'étape suivante nous conduit chez Alois Lageder.

Avant la visite, je m'attendais à découvrir un domaine familial classique.

La réalité est plus nuancée.

Oui, la famille est toujours au cœur du projet.

Mais les infrastructures témoignent également d'une entreprise importante.

Ce contraste est intéressant.

À l'extérieur, tout paraît discret.

À l'intérieur, on découvre une organisation impressionnante.

Le fil conducteur reste pourtant le même.

Le respect de la biodiversité.

L'agriculture biologique.

La biodynamie.

La diversité des terroirs.

Ici, ces notions ne sont pas utilisées comme de simples arguments marketing.

Elles structurent véritablement la philosophie du domaine.


Une belle découverte : les vins orange

Parmi les dégustations, un vin retient particulièrement mon attention.

Un Pinot Grigio vinifié avec une légère macération pelliculaire.

Autrement dit, un vin orange.

Cette dégustation est d'autant plus intéressante qu'elle fait écho à mes travaux de recherche actuels sur cette catégorie de vins.

Le résultat est subtil.

On ne cherche pas la puissance.

On recherche davantage de texture, de complexité et de caractère.

Une très belle surprise.

Kurtatsch : la montagne dans toute sa splendeur

Dernière visite technique de la journée.

Nous grimpons encore.

Toujours plus haut.

Les routes deviennent étroites.

Les panoramas sont exceptionnels.

La dégustation commence directement dans les vignes.

Et c'est probablement cela que je retiendrai le plus.

Comprendre un vin en regardant son paysage change complètement la dégustation.

Les vins m'ont un peu moins marqué que dans les domaines précédents.

Mais cette visite rappelle une évidence.

En Alto Adige, le paysage fait partie intégrante du vin.

Un dernier dîner pour conclure en beauté


Le voyage touche déjà à sa fin.

Pour cette dernière soirée, nous sommes accueillis au restaurant étoilé Zur Rose.

Les accords mets-vins sont probablement les plus aboutis de tout le séjour.

Chaque plat trouve naturellement son partenaire.

Le Schiava s'exprime admirablement.

Le service est précis.

Les pains maison sont remarquables.

Tout est pensé jusque dans les moindres détails.

Plus que le raffinement, c'est surtout la cohérence de l'ensemble qui me séduit.

Ce que je retiens de cette troisième journée

Si les deux premières journées m'ont appris à comprendre les vins de l'Alto Adige, cette troisième journée m'a appris à comprendre les femmes et les hommes qui les produisent.

Je retiens cinq enseignements.

  • Derrière chaque grande coopérative se cachent des centaines de familles de vignerons.
  • Les domaines familiaux apportent une identité unique et souvent très personnelle.
  • La biodiversité devient progressivement un véritable fil conducteur pour de nombreux producteurs.
  • L'œnotourisme est pensé comme une expérience complète, mêlant architecture, paysage, gastronomie et vin.
  • Les plus beaux souvenirs d'un voyage viticole naissent souvent des rencontres humaines.

En quittant le restaurant ce soir-là, une évidence s'impose.

L'Alto Adige ne se résume pas à ses paysages spectaculaires.

Sa véritable richesse réside dans les personnes qui consacrent leur vie à faire parler leurs terroirs.

Dans le dernier épisode de cette série, je reviendrai sur les grandes leçons de ce voyage, les vins qui m'ont le plus marqué et les raisons pour lesquelles cette petite région alpine mérite aujourd'hui une place parmi les plus grandes destinations œnotouristiques d'Europe.

Colin Lurot 

Sommelier

Des coopératives aux domaines familiaux : l'autre visage de l'Alto Adige (3/4)
Colin Lurot 12 juillet 2026
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