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Alto Adige : Novacella, Muri-Gries et Terlano | Carnet (2/4)

Alto Adige : carnet de voyage d'un sommelier – Volume 2
4 juillet 2026 par
Alto Adige : Novacella, Muri-Gries et Terlano | Carnet (2/4)
Colin Lurot

Temps de lecture : 10 à 12 minutes

Série : À la découverte des vins de l'Alto Adige

Après une première journée consacrée à la découverte de Bolzano, de son histoire et de ses premiers domaines viticoles, place au cœur du sujet.

Cette deuxième journée est celle où tout bascule.

Ce n'est plus seulement un voyage œnologique. C'est une véritable immersion dans la philosophie viticole de l'Alto Adige.

Trois visites, trois visions, trois approches complètement différentes vont progressivement me faire comprendre pourquoi cette petite région alpine est aujourd'hui considérée comme l'une des plus passionnantes d'Europe.

Au programme : l'Abbaye de Novacella, Muri-Gries et Cantina Terlano. Trois noms incontournables pour quiconque souhaite comprendre les vins du Südtirol.

L'Abbaye de Novacella : neuf siècles d'histoire au service du vin

Avant même de parler de vin, il faut parler du lieu.

Pour rejoindre l'Abbaye de Novacella, nous quittons Bolzano en direction du nord. Très rapidement, les paysages changent. Les vallées se resserrent, les montagnes prennent de la hauteur et les vignobles semblent s'accrocher aux pentes.

L'arrivée est spectaculaire.

Fondée en 1142, l'Abbaye de Novacella est l'un des plus anciens domaines viticoles encore en activité au monde. Ici, patrimoine religieux, architecture baroque, bibliothèque historique et viticulture cohabitent dans un équilibre remarquable.

Ce qui m'a le plus marqué n'est pas uniquement la cave.

C'est l'ensemble.

On passe d'une bibliothèque monumentale à une salle décorée d'influences asiatiques, puis aux jardins, avant de rejoindre les chais. Chaque pièce raconte une partie de l'histoire de l'abbaye.

On pourrait facilement y consacrer une journée entière sans avoir le sentiment d'en avoir fait le tour.

Comprendre l'Alto Adige avant de comprendre ses vins

Avant la visite, nous assistons à un séminaire animé par le Consorzio Alto Adige Wines.

C'est probablement l'un des moments les plus importants du séjour.

En quelques heures, toutes les bases sont posées : histoire de la région, climat, géologie, cépages, évolution qualitative, organisation de la filière et création récente des 86 UGA (Unità Geografiche Aggiuntive), destinées à mettre encore davantage en valeur les terroirs de l'Alto Adige.

On comprend rapidement que cette région ne cherche plus à produire davantage.

Elle cherche à produire mieux.

Cette philosophie sera le fil conducteur de tout le voyage.

Pourquoi les UGA sont-elles une révolution ?

Depuis le millésime 2024, l'Alto Adige reconnaît officiellement 86 Unità Geografiche Aggiuntive.

Le principe est simple : identifier les meilleurs terroirs de la région afin de mieux exprimer leur identité.

Cette démarche rappelle, dans son esprit, les climats bourguignons.

L'objectif est de replacer l'origine du vin au centre de la bouteille.


Le Sylvaner : une redécouverte

Parmi toutes les dégustations réalisées à Novacella, un cépage m'a particulièrement surpris.

Le Sylvaner.

On le rencontre encore en Alsace, mais rarement avec une telle précision.

Les différentes cuvées dégustées démontrent à quel point ce cépage peut produire des vins tendus, élégants, gastronomiques et capables d'évoluer avec le temps.

L'abbaye nous fait également découvrir plusieurs vieux millésimes, dont un Sylvaner 1976.

Ce n'est pas nécessairement le vin le plus spectaculaire du séjour.

En revanche, il constitue une formidable leçon.

Observer l'évolution d'un vin après près d'un demi-siècle permet de mieux comprendre le potentiel de garde des grands blancs de montagne.

Muri-Gries : à la découverte du Lagrein

Le contraste avec Novacella est immédiat.

Depuis la route, on imagine un bâtiment presque discret.

Puis les portes s'ouvrent.

L'ancienne abbaye dévoile ses grandes caves, ses imposants foudres et ses vignobles historiques plantés en plein cœur de Bolzano.

Le patrimoine est omniprésent.

Mais la philosophie est résolument moderne.

Enfin, je découvre le Lagrein

S'il y a un cépage que j'attendais particulièrement, c'était bien celui-ci.

Le Lagrein.

Bien sûr, j'en avais déjà entendu parler.

Mais le déguster sur son terroir d'origine est une expérience totalement différente.

Nous le découvrons sous plusieurs expressions, notamment en rouge mais aussi en rosé (Lagrein Kretzer).

Le cépage révèle des arômes généreux de fruits noirs, une belle fraîcheur et une personnalité immédiatement identifiable.

À côté du Lagrein, le Schiava (Vernatsch) confirme également toute la singularité de la région.

Ce sont précisément ces cépages autochtones qui rendent l'Alto Adige si passionnante pour les sommeliers.

Pourquoi le Lagrein est-il le cépage emblématique de Bolzano ?

Originaire des environs de Bolzano, le Lagrein est l'un des deux grands cépages autochtones de l'Alto Adige.

Longtemps utilisé pour produire des vins puissants, il évolue aujourd'hui vers davantage de finesse grâce à des vinifications plus précises et une meilleure maîtrise des rendements.

Cantina Terlano : la visite qui change tout

S'il y avait une cave que j'attendais avec impatience, c'était celle-ci.

Cantina Terlano.

Je connaissais déjà plusieurs de leurs vins avant ce voyage.

Mais rien ne prépare réellement à la visite.

Tout est pensé dans les moindres détails.

L'architecture.

Les matériaux.

Le parcours.

La présentation des terroirs.

Même les murs racontent l'histoire géologique de la région.

L'impression est immédiate.

Nous ne sommes pas simplement dans une cave.

Nous sommes dans un véritable centre d'interprétation du vin.

Une coopérative... pas comme les autres

Pour beaucoup, le mot « coopérative » évoque encore des volumes importants et des vins standardisés.

Cantina Terlano démontre exactement le contraire.

L'exigence technique est impressionnante.

Les équipes prennent le temps d'expliquer chaque cuvée, chaque choix de vinification, chaque terroir.

L'accueil est exceptionnel.

Nous dégustons plus d'une vingtaine de vins.

Probablement la dégustation la plus complète de tout le voyage.

Rarity : lorsque le temps devient un ingrédient

Le moment le plus marquant restera sans doute la découverte de la cuvée Rarity.

Voir un vin élevé pendant plus de dix ans sur lies avant sa commercialisation est tout simplement fascinant.

Cette patience est devenue l'une des signatures de Terlano.

À cela s'ajoutent d'autres cuvées emblématiques comme Vorberg, Nova Domus ou encore le Grand Terlano.

Toutes démontrent qu'un grand vin blanc peut traverser les décennies avec une étonnante sérénité.

S'il fallait choisir une seule bouteille sans limite de budget, ce serait sans hésitation le Rarity 2013.

Les trois vins qui m'ont le plus marqué chez Terlano

🥇 Rarity 2013

🥈 Grand Terlano

🥉 Vorberg (Pinot Blanc)

Le dîner : simplicité, terroir et vins bio

📸 Photo 10 : restaurant

Après une journée aussi intense, nous retrouvons plusieurs producteurs autour d'un dîner plus traditionnel.

L'atmosphère change.

Les plats sont simples.

Un risotto absolument remarquable.

Des produits locaux.

Une cuisine sincère.

C'est aussi l'occasion de découvrir les vins de plusieurs domaines, dont Castel Juval.

Cette dégustation m'interpelle particulièrement.

Le domaine est conduit en agriculture biologique, dans une région où cette pratique reste encore minoritaire.

Les vins dégustés m'ont semblé particulièrement ouverts, expressifs et précis.

Bien entendu, cette impression dépend de nombreux facteurs (terroir, style de vinification, millésime...), mais cette dégustation a confirmé mon intérêt pour ce type d'approche.

Ce que je retiens de cette deuxième journée

Cette journée a profondément modifié ma vision de l'Alto Adige.

Je retiens notamment cinq enseignements.

  • Les coopératives peuvent produire parmi les meilleurs vins d'Europe.
  • Le Pinot Blanc est probablement l'un des cépages blancs les plus sous-estimés d'Italie.
  • Le Sylvaner mérite largement d'être redécouvert.
  • Les domaines historiques savent parfaitement conjuguer patrimoine et modernité.
  • L'Alto Adige investit énormément dans l'œnotourisme, avec des caves remarquables et une véritable volonté de transmettre son identité.

En quittant Terlano ce soir-là, une certitude s'impose.

Je ne regarde plus les vins de l'Alto Adige de la même manière.

Et pourtant, le voyage est loin d'être terminé.

Dans le prochain épisode, nous partirons à la découverte de domaines familiaux comme Ignaz Niedrist et Alois Lageder, avant de conclure ce voyage par les dernières dégustations et les enseignements que tout amateur de vin devrait retenir de cette région exceptionnelle.

Colin Lurot

Sommelier

Alto Adige : Novacella, Muri-Gries et Terlano | Carnet (2/4)
Colin Lurot 4 juillet 2026
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