On ne peut pas aimer ce qu'on ne nous a jamais appris à goûter
On parle beaucoup du goût des jeunes.
On analyse leurs habitudes, on observe leurs consommations, on tente de comprendre pourquoi ils boiraient moins de vin, pourquoi ils s'en détourneraient, pourquoi ils préféreraient autre chose.
Mais une question essentielle est rarement posée :
peut-on reprocher à quelqu'un de ne pas aimer ce qu'on ne lui a jamais appris à comprendre ?
J'écris ces lignes à 26 ans. Je suis donc jeune.
Mais je ne suis pas représentatif du cliché que l'on évoque souvent. J'ai grandi dans une culture du goût, du repas, de la table, de la compréhension de ce que l'on mange et de ce que l'on boit. Cela change profondément le rapport au vin.
Le problème n'est pas le goût des jeunes.
Le problème est l'absence d'éducation au goût.
Le goût n'est pas inné, il s'apprend
Le goût évolue. Il se construit. Il se travaille.
L'amertume, par exemple, est historiquement perçue par le corps humain comme un signal de danger. C'est une réaction biologique normale. On ne naît pas amateur d'amertume, on l'apprivoise.
Le vin contient de l'amertume, des tanins, de l'acidité.
Il demande du temps, de la répétition, de la curiosité.
C'est exactement la même chose pour d'autres produits aujourd'hui largement appréciés : café, chocolat noir, cocktails amers, spiritueux complexes. Très peu de personnes aiment ces goûts dès le départ. Ils viennent avec l'expérience.
Dire que les jeunes n'aiment pas le vin parce qu'ils sont jeunes est donc un raccourci.
La vérité est plus simple : le palais évolue, à condition qu'on lui donne l'occasion d'évoluer.
Pourquoi le vin n'est pas une boisson facile quand on est jeune
Le vin n'est pas immédiat.
Il ne flatte pas instantanément.
Il ne repose pas sur le sucre ou sur des arômes faciles.
Historiquement, le vin n'était pas une boisson banale. Il s'inscrivait dans un cadre culturel précis, souvent lié à une forme d'éducation, de transmission, de rituel. Sa démocratisation est une bonne chose, mais elle s'est faite sans toujours transmettre les clés de lecture.
Résultat : le vin est devenu accessible, mais souvent sans être expliqué.
On a ouvert les portes sans accompagner le passage.
Il est donc logique que beaucoup de jeunes ne s'y reconnaissent pas.
Lifestyle, sport et culpabilisation du plaisir
Les jeunes générations sont plus attentives à leur corps.
Le sport, la santé, la performance occupent une place centrale. C'est un fait.
Mais cette logique de performance a parfois remplacé le plaisir.
On mange pour être efficace.
On boit pour optimiser.
On culpabilise dès que le plaisir ne s'inscrit pas dans une logique fonctionnelle.
Pourtant, plaisir et discipline ne sont pas incompatibles.
Boire un verre de vin choisi avec sens, apprécié, compris, dans un repas, ne remet pas en cause un mode de vie équilibré. Bien au contraire.
Le problème n'est pas la consommation raisonnée.
Le problème est la culpabilisation systématique du plaisir.
Le vrai problème : la médiocrité rendue accessible
Il ne faut pas confondre accessibilité et intérêt.
Beaucoup de produits proposés aujourd'hui sont accessibles, mais vides de sens gustatif.
- Des vins standardisés, conçus pour ne déranger personne.
- Des boissons industrielles sans personnalité.
- Des produits pensés pour le volume plutôt que pour le goût.
Ce ne sont pas ces produits qui éveillent la curiosité.
Ils l'endorment.
À l'inverse, un produit simple mais sincère, avec une identité claire, même modeste, peut devenir une véritable porte d'entrée vers l'apprentissage du goût.
Transmission absente, cuisine oubliée
De nombreux jeunes ne savent plus cuisiner.
Non par manque de volonté, mais par absence de transmission.
- Les repas familiaux se raréfient.
- Les savoir-faire se perdent.
- L'école n'enseigne plus réellement le rapport à l'alimentation.
Or le goût ne se développe pas sans pratique.
Sans cuisine, sans compréhension des ingrédients, sans lien entre le produit brut et le produit fini, le plaisir gustatif devient abstrait.
On ne peut pas aimer ce que l'on ne comprend pas.
Prévention, oui. Culpabilisation, non.
La prévention est nécessaire.
Les règles autour de l'alcool au volant, de la modération et de la responsabilité sont légitimes.
Mais confondre risque et danger absolu est une erreur.
Si tout devient un danger, plus rien n'est lisible.
Le vin, comme tout produit de plaisir, demande du discernement.
Pas de l'extrémisme.
Apprendre à connaître ses limites fait partie de l'éducation.
Cela s'acquiert avec le temps, l'expérience et la transmission.
Conclusion
On ne peut pas aimer ce qu'on ne nous a jamais appris à goûter
Le vin ne doit pas être imposé aux jeunes.
Il doit leur être expliqué.
Le goût n'est ni inné ni figé.
Il évolue avec le temps, la curiosité et l'éducation.
Plutôt que de se demander pourquoi les jeunes n'aiment pas le vin,
il serait peut-être temps de se demander
qui leur a appris à goûter.
On ne peut pas aimer ce qu'on ne nous a jamais appris à goûter
On parle beaucoup du goût des jeunes.
On analyse leurs habitudes, on observe leurs consommations, on tente de comprendre pourquoi ils boiraient moins de vin, pourquoi ils s'en détourneraient, pourquoi ils préféreraient autre chose.
Mais une question essentielle est rarement posée :
peut-on reprocher à quelqu'un de ne pas aimer ce qu'on ne lui a jamais appris à comprendre ?
J'écris ces lignes à 26 ans. Je suis donc jeune.
Mais je ne suis pas représentatif du cliché que l'on évoque souvent. J'ai grandi dans une culture du goût, du repas, de la table, de la compréhension de ce que l'on mange et de ce que l'on boit. Cela change profondément le rapport au vin.
Le problème n'est pas le goût des jeunes.
Le problème est l'absence d'éducation au goût.
Le goût n'est pas inné, il s'apprend
Le goût évolue. Il se construit. Il se travaille.
L'amertume, par exemple, est historiquement perçue par le corps humain comme un signal de danger. C'est une réaction biologique normale. On ne naît pas amateur d'amertume, on l'apprivoise.
Le vin contient de l'amertume, des tanins, de l'acidité.
Il demande du temps, de la répétition, de la curiosité.
C'est exactement la même chose pour d'autres produits aujourd'hui largement appréciés : café, chocolat noir, cocktails amers, spiritueux complexes. Très peu de personnes aiment ces goûts dès le départ. Ils viennent avec l'expérience.
Dire que les jeunes n'aiment pas le vin parce qu'ils sont jeunes est donc un raccourci.
La vérité est plus simple : le palais évolue, à condition qu'on lui donne l'occasion d'évoluer.
Pourquoi le vin n'est pas une boisson facile quand on est jeune
Le vin n'est pas immédiat.
Il ne flatte pas instantanément.
Il ne repose pas sur le sucre ou sur des arômes faciles.
Historiquement, le vin n'était pas une boisson banale. Il s'inscrivait dans un cadre culturel précis, souvent lié à une forme d'éducation, de transmission, de rituel. Sa démocratisation est une bonne chose, mais elle s'est faite sans toujours transmettre les clés de lecture.
Résultat : le vin est devenu accessible, mais souvent sans être expliqué.
On a ouvert les portes sans accompagner le passage.
Il est donc logique que beaucoup de jeunes ne s'y reconnaissent pas.
Lifestyle, sport et culpabilisation du plaisir
Les jeunes générations sont plus attentives à leur corps.
Le sport, la santé, la performance occupent une place centrale. C'est un fait.
Mais cette logique de performance a parfois remplacé le plaisir.
On mange pour être efficace.
On boit pour optimiser.
On culpabilise dès que le plaisir ne s'inscrit pas dans une logique fonctionnelle.
Pourtant, plaisir et discipline ne sont pas incompatibles.
Boire un verre de vin choisi avec sens, apprécié, compris, dans un repas, ne remet pas en cause un mode de vie équilibré. Bien au contraire.
Le problème n'est pas la consommation raisonnée.
Le problème est la culpabilisation systématique du plaisir.
Le vrai problème : la médiocrité rendue accessible
Il ne faut pas confondre accessibilité et intérêt.
Beaucoup de produits proposés aujourd'hui sont accessibles, mais vides de sens gustatif.
- Des vins standardisés, conçus pour ne déranger personne.
- Des boissons industrielles sans personnalité.
- Des produits pensés pour le volume plutôt que pour le goût.
Ce ne sont pas ces produits qui éveillent la curiosité.
Ils l'endorment.
À l'inverse, un produit simple mais sincère, avec une identité claire, même modeste, peut devenir une véritable porte d'entrée vers l'apprentissage du goût.
Transmission absente, cuisine oubliée
De nombreux jeunes ne savent plus cuisiner.
Non par manque de volonté, mais par absence de transmission.
- Les repas familiaux se raréfient.
- Les savoir-faire se perdent.
- L'école n'enseigne plus réellement le rapport à l'alimentation.
Or le goût ne se développe pas sans pratique.
Sans cuisine, sans compréhension des ingrédients, sans lien entre le produit brut et le produit fini, le plaisir gustatif devient abstrait.
On ne peut pas aimer ce que l'on ne comprend pas.
Prévention, oui. Culpabilisation, non.
La prévention est nécessaire.
Les règles autour de l'alcool au volant, de la modération et de la responsabilité sont légitimes.
Mais confondre risque et danger absolu est une erreur.
Si tout devient un danger, plus rien n'est lisible.
Le vin, comme tout produit de plaisir, demande du discernement.
Pas de l'extrémisme.
Apprendre à connaître ses limites fait partie de l'éducation.
Cela s'acquiert avec le temps, l'expérience et la transmission.
Conclusion
On ne peut pas aimer ce qu'on ne nous a jamais appris à goûter
Le vin ne doit pas être imposé aux jeunes.
Il doit leur être expliqué.
Le goût n'est ni inné ni figé.
Il évolue avec le temps, la curiosité et l'éducation.
Plutôt que de se demander pourquoi les jeunes n'aiment pas le vin,
il serait peut-être temps de se demander
qui leur a appris à goûter.
Colin Lurot
Sommelier
Peut-on vraiment parler du goût des jeunes sans parler d’éducation ?