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La baisse de la consommation de vin : comprendre ce que notre époque est en train de changer

1 February 2026 by
La baisse de la consommation de vin : comprendre ce que notre époque est en train de changer
Colin Lurot

Boire moins ne signifie pas renoncer

Depuis plusieurs années, les chiffres sont clairs : la consommation de vin baisse. En volume. Partout ou presque.

Ce constat, souvent présenté comme alarmant, mérite pourtant d’être nuancé.

Boire moins ne signifie pas renoncer.

Boire moins ne signifie pas rejeter.

Boire moins ne signifie pas que le vin n’a plus sa place.

Nous assistons moins à une disparition qu’à une transformation.

Moins de litres, oui, mais plus de valeur. Le vin quitte son statut de boisson réflexe pour redevenir un produit de choix : un plaisir, un moment, un acte.

Cette premiumisation n’est pas toujours volontaire. Elle est souvent subie : pression économique, coûts de production, climat, réglementation. Mais elle est bien réelle.

Le vin n’est plus automatique.

Il devient intentionnel.

Et cela change tout.

Hygiénisme, santé, lois : quand la prévention devient un mode de vie

Impossible d’ignorer l’impact des politiques de santé publique. Elles ont fonctionné — parfois même trop bien.

Sensibilisation, tolérance zéro, restrictions publicitaires : ces mesures ont profondément modifié les comportements.

La prévention n’est plus seulement un message, elle devient une norme sociale. Une injonction à se contrôler, à se restreindre.

Le vin se retrouve alors enfermé dans une lecture quasi exclusivement sanitaire.

Le paradoxe est frappant :

on boit moins d’alcool traditionnel, mais davantage d’alternatives, de substituts, voire d’autres substances.

La génération Z ne boit pas forcément moins par sagesse, mais différemment, de manière plus fragmentée, plus paradoxale.

Et dans ce paysage, le vin paie le prix d’une vision simplifiée.

Car il n’a jamais été une boisson fonctionnelle.

Le temps, ennemi invisible du vin

Le véritable ennemi du vin n’est ni la loi, ni la santé, ni le prix.

C’est le temps — ou plutôt son absence.

Nous mangeons plus vite.

Nous cuisinons moins.

Les repas longs disparaissent.

La transmission se perd.

Or le vin est un langage.

Un langage qui a besoin d’un repas pour s’exprimer.

Un vin sans table perd son sens.

Sans cuisine, il devient abstrait.

Sans transmission, il devient incompris.

Le vin appelle la lenteur, le dialogue, le contexte.

Il accompagne un moment.

Il ne remplit pas un vide.

Quand le temps disparaît, le vin perd sa place naturelle.

Restaurant et vin : un modèle sous tension

Le restaurant, lieu historique de partage et de transmission, souffre : marges faibles, coûts élevés, pénurie de personnel, contraintes administratives.

Et le vin en subit les conséquences directes.

Cartes incohérentes, prix excessifs, vins maisons médiocres, absence de conseil, service approximatif : le client ne fuit pas le vin, il fuit l’incohérence.

Le problème n’est pas le prix, mais la valeur perçue.

À l’inverse, un vin bien choisi, bien raconté, bien servi — même au verre — peut recréer le lien, la confiance, l’envie.

Le vin doit circuler.

Il doit vivre.

Il doit être bu.

Trop d’offres, trop de bruit, trop de choix

Jamais le consommateur n’a eu autant de choix.

Jamais il n’a été aussi perdu.

Appellations, labels, styles, pays, discours marketing : l’offre est devenue illisible.

La globalisation a créé une fatigue, une saturation, une opacité.

Face à cette confusion, le consommateur tranche simplement :

il achète moins… ou autre chose.

Pourquoi le vin ne disparaîtra jamais

Le vin n’est pas un produit standardisé.

Il est vivant.

Il est annuel.

Il est soumis au sol, au climat, aux aléas.

Avec les mêmes vignes et les mêmes personnes, le résultat n’est jamais identique.

Le vigneron remet son travail en question chaque millésime.

Et une certitude demeure : aucun vigneron n’est climatosceptique.

Il voit. Il subit. Il s’adapte.

Le vin existe depuis six à huit mille ans.

Il a traversé crises, renaissances, mutations.

Il survivra encore, parce qu’il est lié à l’humain, à la terre, à l’émotion.

L’artisanat ne disparaît pas.

Il se transforme.

Conclusion : transmettre plutôt que vendre

Le vin est culture, histoire, savoir‑faire, plaisir, transmission.

Il ne s’agit pas de nier la baisse de consommation, mais de l’accepter et de s’y adapter.

Boire moins, oui.

Mais boire mieux.

Boire ensemble.

Boire avec sens.

Transmettre plutôt que vendre.

Expliquer plutôt qu’imposer.

Respecter plutôt que standardiser.

Le vin n’a pas vocation à remplir des verres.

Il a vocation à nourrir des moments.

Et tant que l’humain aura besoin de goût, d’émotion et de lien, le vin aura sa place.

Colin Lurot 

Sommelier

La baisse de la consommation de vin : comprendre ce que notre époque est en train de changer
Colin Lurot 1 February 2026
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